Séverine Couvreur | Vice-Présidente de la Mission Coteaux, Maisons et Caves de Champagne

Séverine Couvreur
Interview

« Qui dit paysage, dit nature, dit problématiques environnementales importantes »

 

Quel est votre rôle au sein de la Mission ?

En tant que vice-présidente, je m’efforce d’épauler notre président Pierre-Emmanuel Taittinger dans ses missions et, en parallèle, de représenter le vignoble dans l’inscription. Au sein du conseil scientifique, je pilote le groupe de travail Environnement et biodiversité car qui dit paysage, dit nature, et qui dit nature, dit problématiques environnementales importantes, surtout en période de dérèglement climatique. Et donc des réflexions à mener sur comment transmettre ce paysage culturel vivant aux générations futures. Notre rôle est à la fois d’identifier des thématiques de travail et de partager nos réflexions avec les institutions partenaires, comme le Comité Champagne, le PNRMR1, l’ONF2, le Conservatoire des espaces naturels de Champagne-Ardenne, pour voir comment engager avec eux des travaux et des actions.

 

Concrètement, comment cela se traduit-il ?

Notamment par la création ou la participation à des événements tels que la Journée internationale de la biodiversité en mai, la Semaine du Développement durable et l’opération Villages et Coteaux propres à l’automne.

 

Justement, l’actualité, c’est la Semaine de la biodiversité du 22 au 26 mai. Comment le programme se construit-il ? Quel est l’objectif ?

C’est la 3e fois que nous occupons cette Journée internationale de la biodiversité qui s’est transformée cette année en semaine tant le sujet est important et conditionne notre propre existence et celle de nos activités. Nous avons pour vocation de parler du site inscrit du Patrimoine mondial et des gens qui le font vivre. Pour cela nous nous s’appuyons sur nos partenaires, Maisons ou vignerons. S’ils ont des choses à montrer ou à dire, nous inscrivons leur événement dans notre calendrier pour faire remonter l’information. Par exemple, Moët-et-Chandon a proposé à notre conseil scientifique de lui faire découvrir ses vignes expérimentales à Romont. Le Comité Champagne a invité des élèves d’Avize Viti Campus à venir visiter son site de Plumecoq. Le Conservatoire des espaces naturels de Champagne-Ardenne parlera de l’importance des pelouses sèches, véritables réservoirs de biodiversité. En partenariat avec le musée d’Epernay, nous aurons aussi la chance d’avoir une conférence sur l’histoire de l’écologie à travers les siècles tenue par Benoît Musset.

 

La Mission se positionne aussi sur la Semaine du Développement Durable, du 18 septembre au 8 octobre 2023.

Oui, nous proposerons en particulier une conférence sur l’eau avec l’Agence de l’Eau Seine-Normandie et le Comité Champagne qui vont nous apporter deux regards différents. Autour d’une seule problématique, nos usages et notre gestion d’une même ressource naturelle peuvent s’avérer tellement différents selon les intérêts. Ainsi nous avons créé un espace de dialogue pour éviter le travail en silo, confronter les positions, dénouer les nœuds et arriver à trouver des solutions viables pour demain.

 

Comment se situe l’opération Villages et Coteaux propres ?

Elle se positionne en fin de Semaine du Développement Durable le samedi 7 octobre 2023. Nous voulons la faire évoluer, la présenter non comme une simple opération de nettoyage mais comme une occasion collective d’embellissement et d’entretien d’un paysage viticole vivant qui doit faire face à de la pollution souvent venue de l’extérieur. C’est un moyen pour nous de sensibiliser les habitants. S’ils considèrent un peu les vignes comme un jardin facilement accessible où ils viennent courir, se promener, faire du vélo, ces paysages sont aussi un bien qui appartient à leur patrimoine, à leur histoire. Eux-mêmes s’inscrivent dans cette histoire et en sont dépositaires, avec le devoir implicite de le protéger et de l’entretenir. Cette année, nous y ajouterons les lisières de forêt à Hautvillers. Et en 2024 l’opération sera complètement rrevue à partir des réflexions issues des premières rencontres du club des ambassadeurs le 29 mars dernier.

 

À part l’événementiel, avez-vous d’autres leviers de sensibilisation ?

Oui, cette année nous avons eu le plaisir de travailler avec des étudiants de l’IATEUR3 sur une Fresque du Climat spécialement conçue autour des problématiques liées à un paysage culturel vivant inscrit au Patrimoine mondial. Chaque membre du groupe issu de notre Conseil scientifique a pu participer en guidant et en testant leur travail. Cette expérience n’est qu’à son début. Les étudiants ont réalisé une belle maquette de jeu. Celle-ci est en cours de relecture pour ensuite pouvoir déployer le produit final auprès d’un large public : jeunes, élus, professionnels de la filière, etc. Nous avons également lancé la création de guides. Elaboré avec Dominique Moncomble et Arnaud Descôtes, le guide des 40 ans de stratégie de développement durable menée par le Comité Champagne va sortir prochainement. Nous préparons avec le paysagiste Hervé Le Roy un guide de la biodiversité qui dira comment entretenir ou restaurer un paysage vivant, notamment en intégrant des haies. C’est un travail que nous faisons en partenariat avec le Comité Champagne, l’Agence de l’Eau Seine Normandie, le PNRMR2. Tous ont des stratégies, des préconisations, des fiches techniques. Le but est de les rassembler et de donner une vision commune, claire et précise de ce qu’il faut faire ou ne pas faire.

 

Un exemple ?

On a cru bien faire en privilégiant les plants d’origine locale. Hervé Le Roy nous a alertés sur l’ambiguïté de cette notion. Cela va être débattu dans notre groupe élargi et nous verrons quelle ligne nous dégagerons collectivement. Le matériel végétal s’est déjà beaucoup adapté à travers les âges. L’homme a par ailleurs introduit et travaillé des espèces. Il s’agit donc d’un sujet complexe.

 

Sur la question de l’environnement, quels sont les parallèles ou les ponts entre la Mission Unesco et le SGV4 au sein duquel vous présidez la Commission des Viticultrices ?

Notre travail à la Mission va de pair avec la partie Organisme de Défense et de Gestion du SGV qui est obligé, par la force des choses, de traiter de l’aménagement du territoire, de la politique des énergies renouvelables notamment. La question est de savoir comment ces énergies peuvent se développer sur notre territoire sans nuire aux paysages viticoles préexistants et inscrits au Patrimoine mondial. Nous allons construire ensemble un véritable guide pratique du photovoltaïque qui aura pour ambition d’apporter aux vignerons et aux négociants des clés d’installation pour ne pas nuire à leurs paysages, mais aussi aux particuliers et professionnels en général, ainsi qu’aux gros projets - très impactants visuellement - de « fermes photovoltaïques ». Ma position me permet de rendre les choses encore plus fluides entre la Mission, le SGV et le Comité Champagne. D’autre part, la Commission des Viticultrices s’est saisie du sujet de la RSE. C’est un biais par lequel je peux faire passer des messages de respect des paysages viticoles et, à l’inverse, dire de quoi les petites exploitations ont besoin pour prendre en main ces questions de bilan carbone, d’énergies renouvelables, etc. C’est un formidable laboratoire de veille et d’idées pour la Mission.

 

À ce propos, vous avez été nommée, avec Pierre-Emmanuel Taittinger, à la Vice-Présidence de l’Association des Biens Français du Patrimoine Mondial pour prendre en charge la question du réchauffement climatique. Qu’est-cela implique ?

Ces questionnements que nous avons en Champagne donnent de la matière à réfléchir, à creuser, à partager avec les autres biens inscrits, viticoles ou pas. On a des problématiques identiques : gestion de l’eau, de la sécheresse, des risques liés aux intempéries, de la fragilisation des bâtiments, de la gestion de nos sols et sous-sols, etc. Comment chacun réagit-il ? On est ici dans le partage d’expériences. Cela peut ouvrir la Champagne à des solutions intéressantes que nous n’aurions pas eues en restant enfermés dans notre monde champenois. Lors de la première réunion, nous avons identifié les points à développer avec les ONG liées à l’UNESCO (ICOMOS5 et IUCN6) et avec les ministères de la Culture et de la Transition écologique. Nous allons entre autres choses essayer de dégager, comme en Champagne, des fiches pratiques pour donner aux sites des outils concrets face à ces problématiques.

 

 

1 Parc naturel régional de la Montagne de Reims

2 Office National des Forêts

2 Institut d’Aménagement des Territoires, d’Environnement et d’Urbanisme de Reims

4 Syndicat Général des Vignerons

5 Conseil International des Monuments et des Sites

6 International Union for Conservation of Nature

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