« Faire de la viticulture contemporaine et préserver des espaces naturels au milieu d’un vignoble assez dense n’est pas incompatible »
Pouvez-vous nous présenter la Maison de Barfontarc en quelques mots ?
La coopérative a été fondée en 1962. Elle regroupe historiquement les trois villages de Baroville, Fontaine et Arconville auxquels elle doit son nom. Nous recevons les apports de 54 vignerons associés, répartis sur huit communes autour de Baroville et Bar-sur-Aube, pour environ 120 ha de vignes en production. 75 % de notre activité est tournée vers le négoce champenois. Le reste est, pour partie, destiné à la reprise par les vignerons associés et, pour l’autre partie, vendue sous la marque de Barfontarc. Nous commercialisons de 200 000 à 250 000 bouteilles par an et sommes présents dans 18 pays. La coopérative est certifiée Iso 9001 et engagée dans la viticulture durable en Champagne. 85 % des surfaces sont aujourd’hui certifiées, avec toujours l’objectif d’atteindre les 100 %.
Quelle est la place de l’œnotourisme dans votre activité ?
Parallèlement à nos activités pour le compte du négoce champenois, nous avons la volonté d’être un acteur commercial et oenotouristique important dans la côte des Bar. L’objectif de réaliser la moitié de nos ventes sur la France, dont une part significative en commerce direct à la propriété, sous-entend une activité œnotouristique structurée. Nous avons un panel d’offres fourni, avec évidemment les standards de dégustation, mais aussi des balades en trottinettes électriques, des vendanges d’un jour, des ateliers plus spécifiques autour du ratafia, des ateliers culinaires, des soirées à thèmes en immersion dans les caves ou en plein air. À quoi s’ajoutera, pour la première fois cette année, une randonnée qui traversera les trois villages fondateurs le 27 juin. En 2025, un peu plus de 2000 visiteurs ont été accueillis sur la coopérative. Dans la mesure où nous sommes de plus en plus actifs dans ce domaine, nous avons bon espoir de voir ce chiffre croître dans les prochaines années.
Quelles actions avez-vous mises en œuvre pour valoriser les paysages dans votre environnement ?
Pour nous coopérative, il était important d’avoir autre chose à proposer à nos hôtes, au-delà de la visite de cave, en nous appuyant sur un élément essentiel du territoire que sont nos paysages. Il y a une dizaine d’années, l’idée nous est venue d’aménager sur les hauteurs de Baroville un espace dégagé et calme pour pouvoir se poser et contempler les éléments paysagers importants que sont la Croix de Lorraine, la Via Francigena, le vignoble de la côte des Bar, la forêt de Clairvaux. Cela a pris du temps mais c’est maintenant chose faite, grâce à la coopération des acteurs locaux qui avaient, comme nous, la volonté de préserver et de valoriser le patrimoine naturel. Le passage du Tour de France au cœur de la côte des Bar en 2024 a été un bon accélérateur pour le projet.
En quoi ce projet est-il exemplaire aussi en matière de biodiversité ?
En plus d’avoir été fédérateur, il montre que faire de la viticulture contemporaine et préserver des espaces naturels au milieu d’un vignoble assez dense n’est pas incompatible. Le terrain, qui est mis à disposition par la commune de Baroville, se situe dans une ZNIEFF* gérée par le Conservatoire d’espaces naturels de Champagne-Ardenne (CENCA). Les « pelouses sèches du Moulin à vent » qu’elle abrite, typiques de la côte des Bar, sont remarquables par leur biodiversité. On y trouve 15 % de la flore sauvage de Champagne et un tiers des orchidées sauvages recensées dans l’Aube. Le Département de l’Aube vient d’ailleurs de les labelliser « Espace Naturel Sensible ». Un peu de pédagogie sera faite sur le site avec des panneaux informatifs et des animations que le CENCA assurera, notamment auprès des scolaires, pour faire connaître les lieux et les enjeux de l’environnement local.
Quel sens donnez-vous au prix Pierre Cheval que vous avez reçu le 28 mai ?
C’est toujours flatteur de savoir que le travail qu’on a fait mérite d’être souligné et qu’on fait partie des acteurs qui œuvrent dans le bon sens dans ce domaine au niveau de l’Appellation. Plus de 10 ans après l’inscription au Patrimoine mondial, c’est aussi extrêmement satisfaisant de pouvoir apporter la preuve que toute la Champagne est impliquée dans la démarche, y compris le département de l’Aube, même s’il n’a pas de site cœur.
De quelle manière affichez-vous, voire revendiquez-vous l’inscription de la Champagne au Patrimoine mondial ?
Nous en faisons mention à la coopérative à travers la plaque murale et la charte Coteaux, Maisons et Caves de Champagne - Patrimoine mondial. On communique aussi dessus dans le catalogue des offres oenotouristiques.
Participez-vous à la Route du Champagne en Fête, le grand événement oenotouristique de l’Aube ?
On adhère à l’association Cap’C qui l’organise parce qu’on croit à l’événement et qu’on le soutient à fond. Cette année, il s’anime dans les villages de la rive droite de l’Aube les 1er et 2 août 2026. Selon le principe de cet événement tournant, on est partie prenante tous les huit ans. On attend impatiemment notre tour… en 2030 !
* Zone naturelle d’intérêt écologique, faunistique et floristique